Lelandais volant, aussitôt émietté, effacé, petit chaperon à capuche noire, traces du moi mangées par son vautour intérieur, qui ne laissa aucun muscle du vent sur les os du squelette de sa voile.
J’ai l’âge du tueur qui, son forfait accompli vers vingt ans, peine incompressible de sûreté pour trente ans exécutée, serait sur le point de rejoindre Romand dans son cloître de Fontgombault à planter des carottes digitales dans le jardin de curé des moines illettrés en algorithmes, vierges de toute notion de codage.
La route de la vie s’est réduite à un sentier en pointillé sur la carte IGN aux racines abîmées, acides animés, comme le tampon de rappel d’un même schéma temporel sur nos passeports, goulet d’étranglement inscrit sur un parchemin qui récapitule nos itinéraires balisés.
Telle une pesée de l’âme anticipée, son banal prototype sec, les plumes de faucons volent dans l’air, dans un flash, on saisit d’un coup Thot et Ammout saliver devant l’introduction de quelques uns de nos empêchements mauvais.
L’accusé est comme à la parade, il connaît par cœur son dossier.
Pas une radiographie ne fut laissée derrière, les rayons X sourient pour lui à califourchon sur le fléau.
Se faire une gueule d’atmosphère, pour la détendre, l’homme joue ses derniers instants à la surface de la société, il lui faut à tout prix entraîner sous l’eau, une fois encore, ceux de sa victime, cette bouée négative, apprendre aux jurés à nager dans le grand bassin des remous chlorés de sa gestuelle de désespéré, à le saisir par les moignons de ses épaules de mannequin de piscine, au sourire de benêt, comme lui conseilla son avocat, MNS musclé des prétoires.
La Justice n’intube jamais les prévenus à bout de souffle, s’en remet toujours à un reste de liquidité orale qui leur coule de la bouche, c’est à mettre à son honneur.
Devant ce libérable qui commence un reste de nouvelle non-vie, non sans me le demander, que vais-je faire du reste de la mienne ?
Ma vie de commentateur ne m’attendra pas, il me faudra poster, poster, poster encore, jusqu’à la fin des temps d’écran à moi et vous impartis.
Cela ne m’avait pas fait la même chose lorsque de plus jeunes sélectionnés de l’équipe de France de foot attirèrent sur le banc, ou dans les tribunes, les joueurs de ma génération reléguée.
Ton pouce fugue sur la branche de gui de ta naissance, écrase les baies de houx, s’en macule.
Fossoyeur par destination, puisqu’il préféra, en lâche homme rempli de dédain, laisser les intempéries et les animaux fouisseurs faire leur oeuvre dans un ravin de la montagne.
Ces tueurs de petite série bénéficient d’un genre de prime au sortant.
Ils sortent des personnes, ici un jeune militaire, là une enfant (petite Lucy d’Ethiopie – copie de ses acides énucléés, dispersés dans la nuit à tiroirs, aube fracturée -, pour le monstre ami des canidés), du monde de la vie, munis d’un permis de tuer, avec tous les visas psychotiques sur la page, timbres dûment oblitérés par le vide spirituel qui se fit un douillet nid d’araignées dans le plafond appelé à délimiter le champ de son activité mentale.
Le sort en est jeté, va-t-on savoir le fin fond des choses, le procès qui nous est promis peut-il être considéré comme une course de côte ?
Les journalistes ressortent leur vélo, les avocats leurs patins ou trottinettes, les commentateurs de blog leur lubrifiant, pour des posts qui défilent à la chaîne devant l’écran d’un jour qui fut moins noir.
On ne sait plus qui est Jésus, Pilate ou Barabbas dans cette procession de têtes qui baignent dans le bac à fonderie des médias.
Alfred Jarry, et son jury, délibèrent.
Obscénité – certains observateurs de la chose judiciaire parlèrent de pornoviolence -, oui, et je pense que l’écrivain qui décrivit l’assassinat de sang froid d’un pauvre type du Kansas, ainsi que de toute sa famille, un ancien dévoué à la cause rooseveltienne du New Deal, aujourd’hui récent blaireau redneck – de ces nouveaux riches céréaliers à leur compte, ô, l’horreur -, n’était pas sans éprouver sur lui-même la fascination que lui tendaient, en clignant des yeux, les deux tueurs.
Les parents se sentent dans l’obligation de réagir devant le vivant tableau d’un criminel qui habilement présente de lui-même sur un plateau les micro-poids d’une biographie fantôme censés rééquilibrer la balance.
Stupide guerre d’icône, qui se comprend du côté de la partie civile.
Ce Guermantes à jamais de petite fille, brusquement coupé du récit du monde humain, de toutes les promesses déjà portées à l’état de floraison, fut rejeté dans le vide cinétique de l’homme Lelandais, ce metteur en scène d’un crime dont il refuse l’exact minutage des images dans la salle de montage du tribunal.
Pour reprendre les mots sévères du juge-acteur André Wilms qui vient de mourir : _N’importe quel clampin est capable de se faire un film.
Photographies et peinture de Maëlys brandies par les parents (Éric Zemmour choisit de n’avoir aucun recul sur la créativité des mères et des pères en ce qui concerne cette presque poésie authentiquement populaire au moment du vote pour le prénom des enfants, la jurisprudence du Kevin et de l’influence des soap-operas américains n’étant plus la clé pour la comprendre, je me rappelle aussi que Klemperer, dans son LTI, avait noté une recrudescence des petits noms nordiques dans l’Allemagne, dès 1933), enfant effigiée, font aussi bouclier contre le plastronnage de l’accusé – coq en box, mêmê si sa pâte est ultra-compacte -, pourtant réduit à un croquis de peintre de cour d’assise.
Des images pieusement muettes, qui comblent de leurs anneaux les chaînons manquants, dont la famille resoude les fontanelles écrasées, éternels retours de l’écho cerclé des petites victimes de Dutroux, sur l’écorce de l’écran d’un faible sonar qui rendit sourds, aveugles, et fous, les intouchables gendarmes de Liège.
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Tapé sur Flick, le 12 février 2022.
