
Noon Patrol
« Vous vous êtes collé à elle du regard, le quartz bleu, jamais remarqué d’aussi près, de ses yeux est un filon des marbres et glaciers d’Eros qui semble continuer à défiler sur les veines de sa peau, douce comme la cascade De profundis du Baïkal avaleur de failles océaniques en série, les treize mètres de circonférence qui vous plaquent au sol d’un trait de craie, qui redisent promettre de gracier en vous l’idée d’y entrer, l’un de ces jours, et qui, en attendant, atermoient les titubements de votre âme soule à cette vue, par la façon qu’elle a maintenant, après la candide lustration de manganèse nacrée tel un bâton tombé du ciel, de les traverser sans hésitation, d’en éjecter les braises de la danse de son pas, forment un cercle incandescent autour d’elle qui vous est territoire plus sacré que le vain foulage de l’humus encore chaud de vos vies d’hier et d’aujourd’hui, devant la falaise des Grandes Écuries inondée d’un soleil de septembre au tranchant de l’ardoise toujours éclaboussant, ses mollets et ses cuisses se désenveloppent de la jupe d’été, se fusellent sous le lait de sa peau comme des bonites dans les courants japonais du Pacifique nord, que vous aviez déjà rencontrés, comme sur un étal, piqués de très fins presque invisibles filets de sang, griffés de petits lacets d’outremers vifs comme le pinceau d’un éclair, traumas de cinabre d’une pêche oubliée au sortir de la chapelle, que leur galbe étincelant rejetait libres vers le large de la rue des hauts-fonds qui s’ouvrait devant elle, matage du verre en passant transpercé de lapis, que vous n’aviez pas pu suivre ce jour-là, dont vous n’aviez aucune idée de la puissance de la nage, l’espace minéral d’une seconde n’avez d’yeux que pour l’écume inouïe d’un bijou qui articule les bras d’une croix au carrefour initial de ses seins, qu’elle roule sur lui-même, effleure d’une pression farouche mais intime comme le cartilage de l’épure verte d’une vague saisie entre deux doigts qui l’allège de votre attention aux choses du monde des voleurs de couleurs, de feu, et de glace venant en droit signe des eaux d’une catacombe calcaire rampante à vos pieds, la protège contre leur talent inné à produire de la convoitise, vous avez envie de ne plus fixer le laser du cadran de quinze heures quinze que pourtant vous voudriez garder immobile auprès de vous, envie d’en saisir le temps arrêté sur l’aile de son habitante, vous qui voudriez qu’elle vous entende, comme au jardin d’arrêt du Christ se reprend le dit d’un cantique, un temps que vous étireriez dans les draps blancs de l’estomac de vos iris dilatés, malgré l’intense reflet de calcaire sur eux à la merci des bleus enluminés dans les cristaux de l’espace du psaume 130, d’aspirer l’air qui se languit déjà du socle de lumière dévissé de ses épaules, de lécher les traces des reflets d’ombre à ses aisselles, de trembler au contact de ses lèvres qui constamment se réimpriment au vol dans le timbre de sa voix, la table d’harmonie de son souffle, de ceindre en votre paume la naissance de sa nuque, et de venir caresser ses cheveux dans la capture de ce geste spécial, infini, qui tue votre être conversationnel, exquis parce que de vous hors d’atteinte, qu’elle a de les délivrer du vent, d’un seul passage de la main, exquis une seconde fois, à la ressemblance d’un acte que votre cerveau explore et mime pour se le sauver, sans la hâte de l’envieux cette fois.
Pour les Très Riches Heures de l’instant, vous êtes à ses côtés et allez dans la direction du musée. »
Disait, me vouvoyant, un rêve de la nuit passée.
Posté sur X, le 11 septembre 2025.

